Par
M. Louis Nussbaum
| LA BEROCHE Approche
Le nom de la Béroche signifie la Paroisse. Il
est l'aboutissement d'une évolution qui d'abord
se disait Parochia, puis Perroiche. La
Béroche a compris des siècles durant cinq
villages: Gorgier (englobant Mollin, actuellement
Chez-le-Bart), Saint-Aubin, Sauges, Fresens et
Montalchez, auxquels se sont joints Vaumarcus et
Vernéaz en 1813, sur décret du prince Berthier,
supportant mal que sa baronnie de Vaumarcus
dépende de la paroisse voisine de Concise, dans
l'Etat de Vaud, pour le spirituel.
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Vue du lac, la Béroche, enchâssée dans
un écran de verdure boisée, apparaît telle une entité
harmonieuse créée par la nature. Du rivage peuplé, le
sol s'élève jusqu'à la crête dorsale des contreforts
montagneux, sa partie cultivée modelée de combes et de
vallons conducteurs des eaux de pluie. Le pays étale le
puzzle bigarré de son vignoble et de ses champs. Les
villages et les vergers, ramassés en un lieu des limites
communales, guignent derrière le rideau plus ou moins
épais des feuillus. La Côte est parsemée de fermes
adonnées à l'élevage. Massifs et fiers, les deux
châteaux des anciennes seigneuries s'accommodent de la
république, l'un chargé d'histoire, l'autre rendu à la
vie par son nouveau propriétaire.
| Tourné vers le sud. un panorama
grandiose des Alpes s'étire des cantons de la
Suisse primitive, par les trois puissants sommets
bernois de l'Eiger, le Mönsch et la Jungfrau,
jusqu'à l'échancrure de la trouée du Rhône
sur le Valais et l'Italie, aux montagnes
françaises dominées pour le massif du
Mont-Blanc, culminant à plus de 4000 mètres
au-dessus de la mer. En profondeur, face
à la ligne apaisante du lac de Neuchâtel, aux
couleurs changeantes, se développent les doux
vallonnements du Plateau suisse, les contreforts
des Préalpes, les sommets aux neiges éternelles
des Alpes construites par le lent mouvement du
continent africain vers l'Europe. Une vision
féérique inoubliable les jours de foehn: la
dentelle alpine qui se colore de rose sous les
derniers rayons du soleil couchant! |
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Formation

La région de la Béroche s'étend sur le flanc sud de
la première chaîne du Jura neuchâtelois, dès le bord
du lac jusqu'à l'échancrure du Creux du Van.
Une mer était là jadis, peu profonde. Le plissement
du Jura s'est produit par contrecoup vers la fin des
puissants mouvements qui créèrent les Alpes, plus au
sud. Il peut paraître comme une suite de vagues
parallèles, roulant du sud-ouest au nord-est. Par suite
de la présence de dépôts lacustres offrant
différentes forces de résistance, le plissement n'est
pas harmonieux. Malgré son allure fort simple, il
présente une grande richesse de formes.
Cette impérieuse poussée de terre en une lente et
solide ascension jusqu'à la crête, aujourd'hui nue,
présente l'aspect d'une vieille montagne délabrée,
usée, ruinée par des siècles de vents, de pluies, de
neiges, d'effondrements, d'où sa grandeur sévère et sa
beauté attachante.
Un autre élément important a participé à la
morphologie actuelle de la région. Le dernier glacier,
descendu des Alpes par la vallée du Rhône pour
s'étendre sur tout le Plateau suisse, a raboté les
couches de calcaire de la pente sud et creusé le pied de
la chaîne du lac, y déposant à sa fonte des blocs de
rochers erratiques et les couches sédimentaires de sa
moraine.
L'histoire en survol
Il y a fort longtemps que la région a été habitée.
Des fouilles, sauvages d'abord puis mieux organisées,
ont mis à jour des vestiges de l'âge de la pierre sur
les rivages lacustres, des tombes renfermant des
ustensiles et des ornements de la période de Hallstadt.
Des vases cachés sous des blocs erratiques, dont nombre
d'entre eux, protégés, parsèment encore les bois. Les
champs gagnés sur la forêt en ont été régulièrement
débarrassés. Des pierres dressées, ou menhirs, des
pierres à cupules conservent un relent mystérieux
d'activité druidique.
La Vy d'Etraz, reliant Genève et Bâle, plus proche
Concise et Bevaix, a favorisé l'implantation des
villages du haut: Vernéaz, Fresens, Montalchez. La
découverte de monnaies, des restes de villas témoignent
de la présence romaine. Puis ce fut l'arrivée des
Burgondes, suivie de la main mise des Francs sur la
région, au milieu du VIe siècle, époque où le
christianisme s'est vraisemblablement implanté à la
Béroche.
A l'origine, ce qui est devenu la seigneurie de
Gorgier paraît avoir été comme un franc alleu ne dépendant de personne.
Au XIe siècle, deux
puissantes familles, les Grandson et les Estavayer,
possédaient les deux rives du haut lac. Leurs domaines
avaient pris de l'extension. Divisées en plusieurs
branches, elles prirent le nom des châteaux ou
seigneuries qui leur étaient échus en partage. C'est
ainsi que se formèrent les maisons de Gorgier et
Vaumarcus. Toute l'histoire de la Béroche se rattache de
l'origine à 1848 à ces deux seigneuries, qui devinrent
vassales de la maison de Neuchâtel en 1306 et en 1433 et
conservèrent une certaine autonomie jusqu'en 1848, à
l'avènement de la république.
Offrons-nous une petite
parenthèse à leur sujet!
De la famille des dynastes des Grandson sont
sortis plusieurs évêques, vicaires, prieurs et autres
notables. Othon 1er (1240-1328), compagnon de jeunesse du
prince Edouard d'Angleterre, l'a accompagné en
Palestine. Il a joué un rôle important en Europe, entre
autres comme négociateur entre le comte de Savoie et
Rodolphe de Habsbourg. Il a fondé le couvent des
cordeliers à Grandson et la chartreuse de la Lance.
Enterré dans la cathédrale de Lausanne, on peut y voir
son tombeau et sa statue. La branche anglaise, les Grandisson,
a donné plusieurs chevaliers, un évêque à Exeter,
où on découvre leurs armoiries sur un vitrail de la
cathédrale. Des aigles ont remplacé les coquilles
Saint-Jacques!
Les Estavayer ont
tiré leur nom de la ville située en face de la
Béroche, sur la rive du lac de Neuchâtel, jadis appelé
aussi lac d'Estavayer, en bordure du Plateau suisse.
Cette famille tenait, à part d'autres biens, la
seigneurie de Gorgier avec des droits sur le prieuré de
Bevaix, sur Cortaillod, jusqu'à Colombier. Habitués de
longue date aux us et coutumes d'Estavayer, les cinq
villages de la Béroche primitive ont établi un pacte de
combourgeoisie avec cette cité le 6 février 1398,
renouvelé le 2 janvier 1463, puis le 5 septembre 1490,
dans lesquels ils en ont été reconnus ressortissants.
Fruit de l'alliance de 1398, la même année les
Bérochaux ont bénéficié de franchises écrites
accordées par le duc de Savoie, voulant être au clair
au sujet des droits coutumiers de ses vassaux. Ancrés
dans leurs habitudes, il a fallu les faire Neuchâtelois,
dit un de leurs historiens. Quand les communes du canton
de Neuchâtel ont dû présenter leurs armoiries, toutes
celles de la Béroche y compris la Paroisse ont choisi
une variante moderne des armes d'Estavayer, une rose, en
souvenir des relations anciennes.

Le rôle important
de l'eau
La présence de l'eau dans la région dépend de
conditions particulières, souvent extrêmes, créées
par le caractère carstique de son drainage. Les
fournisseurs du précieux liquide ne sont pas seulement
les rivières et les ruisseaux coulant à la surface,
mais bien les eaux souterraines qui, dès qu'elles
rencontrent une couche imperméable inclinée vers
l'extérieur, donnent naissance à des sources.
Le chevelu hydrographique finit par engendrer les
cours d'eau serpentant sur la marne, inlassables burins
des dépôts sédimentaires, sculpteurs de ce paysage aux
douces ondulations. Les trois ravins aux gorges étroites
de Vaumarcus, de Saint-Aubin et de Gorgier récoltent la
plupart des eaux de la Béroche.

L'eau a joué un rôle important. La proximité des
rives lacustres a déjà favorisé la sédentarisation
des hommes du néolithique. Le lac leur a servi de voie
de communications. Puis la population s'est fixée sur
les rivières pour satisfaire à ses multiples besoins,
en vue aussi d'utiliser l'énergie hydraulique pour
actionner les roues motrices des usines. Des villages ont
surgi. Les seigneurs se sont réservés la propriété
des cours d'eau afin d'en retirer des redevances.

Au pied de la montagne, sur les terrains de forêts
défrichés par des particuliers, les fermes des Prises,
construites sur la moraine latérale würmienne du
glacier du Rhône, s'alimentent à des sources de faible
débit, souvent intarissables. Déjà dotées
d'électricité, ces habitations profitent d'un réseau
d'eau aménagé depuis peu. L'idyllique vision champêtre
de Victor Hugo évoquant "le geste auguste du
semeur" est dépassé. L'agriculteur s'est
modernisé. Des boeufs au joug au cheval attelé, il
conduit maintenant son ou ses tracteurs. L'eau sur
l'évier a transformé la vie des ménages. On se
contente encore dans les lieux retirés d'un modeste
confort.
Les chalets de montagne, éparpillés sur un sol
calcaire, récoltent l'eau de pluie dans des citernes.
Légendes bérochales
La Béroche a ses légendes, survivances païennes,
qui font frissonner ou rêver, avec leurs sorciers et
sorcières aux regards troubles, leurs fées
bienfaisantes et lutins malicieux, leurs fantômes
insaisissables, leurs faux-monnayeurs secrets, leurs
chasseurs et voleurs poursuivis dans leurs consciences.
La rencontre des ensorceleurs malins et des ensorcelés
plus ou moins naïfs se réalise dans des endroits bien
précis: le sombre passage d'Entre-Roches, le surplomb du
Creux-du-Van, les broussailles du chemin des sorcières,
la vigne du diable, entre autres, de préférence la
nuit.
La grotte aux fées ou cave aux filles
Parmi les excavations ouvertes dans les rochers de la
plage, à Tivoli au-dessous de Sauges, la grotte aux
fées est la plus intéressante. Haute de 8 à 9 pieds,
profonde de 40 et large de 12, elle est connue des
botanistes qui viennent - ou venaient - y chercher la
jolie fougère nommée vulgairement cheveux de Vénus,
capillaire - Andiantum Capillus-Veneris - plante
rare dans le pays, et qui tapisse la voûte de la
caverne. Le sol est couvert d'un sable fin qui semble
passé au tamis. Une ouverture latérale, semblable à
une fenêtre dirigée vers le large lacustre, a été
fermée par l'éboulement d'un énorme quartier de
rocher, à la forme d'un ours, nom que lui ont donné les
gens de l'endroit.
La légende
Par un doux crépuscule d'été, une clarté jaune
parcourt en dansant les vastes glaciers bleutés, les
pics aigus et les forêts noires de la sauvage Helvétie.
C'est Arduina, la déesse des nuits, qui visite ses
domaines gris. Elle a franchi les torrents de cristal et
les rivières d'argent par de fragiles passerelles d'or,
mais la large étendue du lac d'Estavayer l'arrête
déconcertée sur les rives. De ses rayons pâles, elle
fouille les anses et les roseaux à la recherche d'un
canot, quand un bruit de cascade la suspend immobile sur
un roc: Là, à demi-plongée dans l'eau claire, une
blonde fille de la tribu des Helvêtes s'inonde le corps
de perles transparentes.
- Belle enfant!... Belle enfant!
Effrayée par l'apparition lumineuse, honteuse de sa
nudité, Rose, la baigneuse, se cache d'un bond dans les
buissons.
- Belle enfant, laisseras-tu une étrangère dans la
peine? Fille du lac, ne saurais-tu pas te servir d'un
canot?
Rose se couvre hâtivement d'une toison d'agneau
blanc. Coquette elle se pare d'un lourd collier d'ambre;
elle passe des bracelets de bronze à ses bras et à ses
jambes brunes; elle pique des marguerites blanches dans
ses cheveux humides; puis, belle comme une ondine, elle
conduit l'étrangère en canot jusqu'à Estavayer, la
cité lacustre.
- Mon enfant, lui dit la déesse, ta bonté mérite
une récompense. Puisque tu aimes les fleurs, tiens,
prends ce bouquet. La verveine, les feuilles de chêne et
le gui sacré guériront ton peuple de ses maux.
Une traînée étincelante de poudre d'or dirige le
retour du canot à travers le lac. Aussitôt qu'elle eut
abordé sur la grève de sable fin, Rose se précipite
dans sa hutte et, toute émue, raconte la merveilleuse
aventure.
Dès ce jour, les malades viennent en longues files
gémissantes chercher des plantes sacrées dans la pauvre
hutte de la jeune fille. Les druides eux-mêmes
s'inclinent devant la science miraculeuse de l'enfant
chére aux dieux.
Seul un homme s'enferme dans un isolement haineux. Le
chef de tribu sent son prestige lui échapper. Dans sa
caverne maintenant délaissée par la foule, il maugrée:
- Je possède les bois du Devens, de Polyre et de la
Perlaz, mes sujets se nourrissent de mes glands et de mes
châtaignes; ils font du cidre de mes fruits sauvages; je
leur abandonne les viandes saignantes de mes grandes
chasses; les jeunes gens traquent l'ours à coups
d'épieu dans mes forêts, et ils oublient tout cela pour
les herbes sèches d'une esclave? Famille maudite, ton
pouvoir n'a pas le droit de vivre à côté du mien!
Habile politique, il s'approche un jour de Rose et
patelin s'inquète:
- Ma fille, avant d'être votre chef, je suis votre
père dévoué, tu le sais, pour moi pas de secrets. Ou
étais-tu quand tu vis l'étrangère?
Et rieuse, pleine d'innocence, l'enfant court en avant
à travers les joncs et les prés.
- Tenez, là, près de ce saule blanc, je me baignais
dans l'eau claire.
- Ah!... Ah! eh bien, baigne-toi pendant l'éternité,
fille de malheur!
Brutalement il empoigne la jeune fille par ses longs
cheveux et la noie, la face enfouie dans la fange.
* * *
Au village, la mère s'inquète. Elle cherche sa fille
chez les malades, personne ne l'a vue. Affolée, elle
court dans les bois que Rose aimait tant:
- Rose!... Rose!... Réponds mon enfant!
Les grands troncs sévères restent impassibles, seul
l'écho moqueur répète: ... mon enfant! Enfin, près de
la grève, une tache blanchit les eaux.
Ah voilà ses marguerites! Ma fille n'est pas loin.
Ce ne sont pas des fleurs qui surnagent, mais une
morte, Rose.
Sur le sable doré, écrasée par la douleur, une
mère se tord les mains dans une atroce prière de
supplications et de malédictions.
Le ciel reste immuable.
La triste nouvelle se répand chez les hommes. Des
femmes échevelées se meurtrissent les chairs de coups.
Des cris, des sanglots s'élèvent de toutes les huttes.
La nature immense continue sa vie lumineuse et
sereine.
Un peuple entier pleure celle qui guérit tant de
malades et ne put se sauver elle-même.
Sous le soleil indifférent, les végétaux
frémissent d'une surabondance de sève. Des parfums
capiteux se traînent sur le sol et frôlent avec
volupté les pierres chaudes et le corps de la morte.
Déjà les têtes s'inclinent plus bas devant le chef
meurtrier qui a retrouvé sa puissance.
A quoi donc servent les dieux? Arduina n'es-tu qu'une
froide lueur?
* * *
Les druides ont pitié. Ils rassemblent la tribu et
conduisent l'enfant morte en cortège solennel au bois
sacré du Devens.
Sur un chêne énorme on découvre des touffes de gui.
Un prêtre vêtu de blanc monte sur l'arbre. Avec une
serpe d'or il détache les baies qui tombent en pluie de
perles sur une saie blanche. Puis les vates immolent un
couple de taureaux pendant qu'un barde chante les vertus
de la défunte:
- Réjouissez-vous, dit-il aux parents. Autrefois
votre enfant courait sur les prés, elle se parait de
fleurs, elle jouait avec les grandes biches fauves, elle
dansait sur la mousse épaisse des sous-bois. Maintenant
elle est tout cela. Son âme brille dans les rayons de
soleil qui ne cesseront de luire sur vos têtes. Elle
pénètre en vous par l'air que vous respirez. Elle vit
dans votre chair, dans votre coeur. Son corps lui-même
appartient au grand mystère des forêts, le symbole de
notre divinité.
- Rose, sois la plus belle fleur du pays!
Les joues pâles du petit cadavre s'entrouvrent en
pétales rouges sur la corolle d'or des cheveux. Des
lèvres écartées s'exhale un parfum délicat. La taille
svelte s'assouplit davantage, s'allonge en courbe
harmonieuse et la tête se penche sur le lac qu'elle
aimait. Rose est devenue fleur d'aubépine.
De sa grotte sur la grève, le chef a regardé la
fumée du sacrifice. Les clameurs du peuple lui annoncent
un miracle.
Alors, farouche, il se dresse face au ciel:
- Arduina, déesse de malheur, tu n'es qu'une illusion
forgée par les prêtres. Toute ta puissance n'a pas
empêché la mort de celle que tu protégeais. La vraie
force est là!
Et il tend ses énormes poings crispés sur ses armes.
Un ordre sec cingle l'air comme un coup de joran:
- Reste!
Le corps massif du chef se tord dans un dernier
blasphème, s'alourdit, s'enfonce dans le sable. La barbe
se développe prodigieusement et le recouvre d'un sombre
linceul moussu. Le chef s'est métamorphosé en rocher.
- Toi, continue la déesse, puisque tu avais le coeur
d'une bête, prends-en l'apparence, sois un ours de
granit, et pour faire oublier ton souvenir néfaste, que
ta caverne se peuple de fées bienfaisantes qui
écarteront les naufrages de ces rives.
La voix céleste devient douce comme une brise
d'été:
Toi, fleur de rose, parfume le pays de ta grâce et de
ta vertu, crois, en signe de pardon, autour de la grotte
aux fées et dans les armoiries de ton peuple, que ton
symbole s'unisse à la croix pour l'emporter toujours sur
la tyrannie.
Jean Gabus, La Béroche, Légendes
neuchâteloises.
Le
musée de la Béroche

Mijoté dans l'esprit et le coeur de personnes
sensibles à leur terroir, une assemblée constitutive de
la société du Musée bérochal s'est réunie, à
l'Hôtel Pattus le lundi 28 novembre 1960.
Dès lors commence la récolte d'objets de toutes
sortes. Même le chiffonnier de Saint-Aubin, qui peut se
trouver en présence de pièces intéressantes, est
mobilisé.
Après un temps d'oubli, au bénéfice d'un modeste
fond ancien, le musée reprend vie sous l'égide de la
Société de développement de Saint-Aubin-Sauges,
Vaumarcus-Vernéaz. Puis il vole de ses propres ailes.
Constituée le mercredi 27 novembre 1985, la nouvelle
association, sous l'appellation Les Amis du Musée de
la Béroche et environs, dépasse les fiefs des
sociétés de développement pour englober des villages
vaudois et neuchâtelois, au tissu historique souvent
commun.
Ecoutons-les!
Le mot musée, pour l'instant, n'est pas tout à fait
adéquat. Dès que des locaux seront mis à notre
disposition, nous verrons à les agencer. Sans attendre,
nous avons opté pour un musée vivant, dont le but
principal est de sensibiliser la population, les jeunes
en particulier, à la richesse de son patrimoine passé
et actuel, au moyen d'expositions temporaires et de
prêts. Nous essayons de montrer le geste de l'homme, de
présenter le cheminement de la fabrication de l'objet et
son usage. Nous cherchons à animer ces expositions, à
les agrémenter d'exposés et d'entretiens de valeur.
Grâce aux locaux mis à disposition par le nouveau
propriétaire du château de Vaumarcus, nous avons pu
présenter la pêche lacustre, la forêt et les
métiers du bois, la cuisine régionale dans le temps,
les métiers de la pierre et dernièrement les
hobbies et collections, en 1996, à laquelle
ont participé les habitants. Des hommes de métiers se
joignent aux amis du musée pour donner consistance et
sérieux aux thèmes choisis. Des expositions plus
réduites sont montées dans la région.
Les objets et documents récoltés sont identifiée,
restaurés et traités pour les conserver. Tous ces dons
constituent déjà un vaste éventail des métiers. Nous
sommes à la recherche de locaux sains et accessibles
comme dépôts, suite à la vente décidée d'un immeuble
communal par les autorités politiques législatives de
Saint-Aubin-Sauges.
Les ressources financières proviennent des réponses
favorables à l'envoi d'un "tous ménages",
distribué chaque année pour annoncer l'assemblée
générale, de dons et legs, de subventions, du
bénéfice des activités.
La bonne marche de l'association est assumée par des
bénévoles.
Ne jetez pas vos objets et documents, faites-les
valoir. Pensez au musée. Le musée est la mémoire de
l'homme!
Les Amis du Musée de
la Béroche et environs
2024 Saint-Aubin (NE), Suisse, case postale 125, CCP
20-8147-6.
Président: André Greber, Rafour 23, 2024
Saint-Aubin, tél. 835 29 37.
Petite bibliographie sur la Béroche
Jean Couvoisier, Les monuments d'art et d'histoire
du canton de Neuchâtel, tome II. Edit. Birkhäuser,
Bâle 1963.
Ed. Quartier-la-Tente, Le canton de Neuchâtel,
district de Boudry. Edit. Attinger frères,
Neuchâtel 1912.
Fritz Chabloz, La Béroche. Edit. Samuel
Delachaux, Neuchâtel 1867.
D. Jac. Philippe Grangier, Annales d'Estavayer, rédigées
et annotées par l'abbé F. Brülhart. Edit. Ernest
Grangier. Imprimerie H. Butty & Cie, Estavayer-le-lac
1905.
Jules Jeanjaquet, Traités d'Alliance et de
Combourgeoisie de Neuchâtel avec les Villes et Cantons
suisses 1290-1815. Publications de la Société
d'histoire et d'archéologie du Canton de Neuchâtel.
Edit. Imprimerie Paul Attinger, Neuchâtel 1823.
Daniel Vouga, Préhistoire du Pays de Neuchâtel
des origines aux Francs. Edit. Société
neuchâteloise des sciences naturelles, Université,
Neuchâtel (Suisse).
Jean Courvoisier, Eglises et châteaux
neuchâtelois, Edit. Centre d'art graphique,
Neuchâtel 1978.
E. Vaucher, Le temple de Saint-Aubin.
Paul Grandjean, La paroisse temporelle de
Saint-Aubin.
Louis Nussbaum, Le Devens, aperçu historique,
Edit. Armée du Salut, Saint-Aubin 1981.
Jean Gabus, La Béroche, Collection des
Légendes neuchâteloises. Edit. de la Baconnière,
Neuchâtel 1935.
Antoinette Steudler, La Béroche d'Isabelle, Edit.
La Carrée burgonde, Saint-Aubin 1976.
Paul Martin, Si la Béroche nous était contée, Edit.
Paul Martin, Lausanne 1980.
Bernard Vauthier, Terre entre lac et jura, la
Béroche. Edit. de la Béroche, Saint-Aubin 1985.
Louis Nussbaum, Le moulin de la Foule. Edit.
Gilles Attinger, Hauterive 1995.
Le
temple

A notre connaissance, la première mention écrite de
l'église de Saint-Aubin-le-lac date de 1176.
Boyve, dans ses Annales, remonte à 1083, date
à laquelle l'évêque de Bâle, Burckard de Neuchâtel,
frère du comte Rodolphe de Fenis, fonde "l'abbaye
de Saint-Aubin, comme aussi le couvent de
Sainte-Marie-Madeleine, qui eut des filles
pénitentes". Il y a là vraisemblablement une
erreur de lieu. Il s'agirait de Saint-Alban aux portes de
Bâle. Boyve n'indique pas ses sources.
Une copie du document de 1176 se trouve aux archives
de la paroisse. Comme ses prédécesseurs, Landric,
évêque de Lausanne, a fait quelques donations en faveur
de fondations religieuses. Parmi ces donations, l'église
de Saint-Aubin, et les biens qui en dépendent, cédée
à l'abbaye de Saint-Maurice en Valais.
Cela laisse entendre que l'église de Saint-Aubin
existait avant 1176, peut-être avant l'an mille. Pour
mémoire, le prieuré de Bevaix fut fondé en 988 par un
Rodolphe qui devait être apparenté à la famille des
rois de Bourgogne. L'acte mentionne l'église de Bevaix.
En possession de ces biens, Guillaume, l'abbé de
Saint-Maurice fait construire une église à Saint-Aubin
et une chapelle à Provence, dédiée à saint Georges.
Des travaux de restauration ont dégagé des traces d'un
ancien toit qui s'appuyait au clocher, plus bas de quatre
à cinq mètres du temple actuel. La tour existait, par
contre, pas trace de crypte, ni sous le choeur ni sous la
nef, pas de nefs latérales ou collatérales non plus.
Apparemment, il ne reste rien de l'église citée dans
l'acte de donation de 1176, confirmée en 1180. La vigne
aux prêtres témoigne de l'établissement des
religieux suivant l'ordre en vigueur à Saint-Maurice.
Les bénédictins de l'abbaye de Bevaix étaient des
moines, relevons le lieu dit le Crêt-aux-moines.
Les textes sont chiches de renseignements concernant
l'église elle-même. On y découvre deux visites
épiscopales, l'une en novembre 1416, l'autre en 1453.
Les premiers inspecteurs constatent l'absence d'une
effigie de saint Aubin et d'un crucifix. Ils ordonnent de
refaire le choeur à neuf et de bien le séparer du
nouveau clocher qui vient d'être construit. Les
révérends pères François de Fuste, évêque de
Grenade, vice-gérant ès choses spirituelles de
l'évêché de Lausanne, et Henri de Albertis, abbé du
monastère de Filiac au diocèse de Genève, "partis
de Lausanne le 26 mai 1453 après dîner, s'étaient mis
en route sous la conduite de l'ange Tobie". Ils
notent que Jehan Brayer, prêtre d'Yverdon, est le curé
de Saint-Aubin, qu'il n'y réside pas mais qu'il est
remplacé. Ils prescrivent que l'autel paroissial sera
consacré, on fera une image du Père, des candélabres
qui seront peints et ferrés, le choeur sera dallé et sa
voûte restaurée, du verre sera remis aux fenêtres.
Après la Réforme, de nombreuses difficultés
surgissent jusqu'au moment où les biens ecclésiastiques
passent à la paroisse en 1566. Le temple étant devenu
trop petit, les paroissiens achètent une maison à son
orient.
Pour ne pas prolonger l'énumération
des transformations, relevons le contenu d'un tableau
récapitulatif des dates marquantes, placé à
l'intérieur de l'édifice, au sud de l'entrée: 
1176 L'EVEQUE DE LAUSANNE DONNE L'EGLISE DE
SAINT-AUBIN A L'ABBAYE DE SAINT-MAURICE.
1180 CETTE DONATION EST CONFIRMEE A L'ABBE
GUILLAUME QUI RECONSTRUIT L'EGLISE.
1531 LE "PLUS" DES PAROISSIENS SE
PRONONCE
POUR LA REFORME.
1566 LES CINQ COMMUNAUTES RACHETENT L'EGLISE
ET LA CURE A L'ABBAYE DE SAINT-MAURICE.
1604 - 1745 REFONTE DE CLOCHES.
1637 LA NEF ET LE CHOEUR SONT RECONSTRUITS.
1811 LA FACADE SUD EST REBATIE.
1821 POSE DES PREMIERES ORGUES.
1903 L'EGLISE EST RESTAUREE, DE NOUVELLES ORGUES
SONT INSTALLEES.
1941 NOUVELLE RESTAURATION INTERIEURE.
1951 REFECTION INTERIEURE DU CLOCHER,
POSE DE DEUX NOUVELLES CLOCHES.
1976 RENOVATION GENERALE EXTERIEURE
NOUVELLE CHARPENTE DU CLOCHER.
1982 RENOVATION GENERALE INTERIEURE
BOISAGE DU PLAFOND DE LA NEF.
En 1903, les fenêtres de l'abside et celle ouverte à
nouveau dans le mur oriental de la nef ont été garnies
de réseaux de pierre et de verres décoratifs. Trois
vitraux de Clement Heaton en style 1900, à la gloire du
Créateur, représentant les saisons, occupent les
fenêtres de la nef.
| Une exposition sur Clement
Heyton, au Musée d'art et d'histoire à
Neuchâtel, est ouverte du 13 octobre 1996 au 9
février 1997. Un livre est sorti aux Editions
Gilles Attinger, case postale 104, 2068
Hauterive. |

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La table de communion, datée de
1641, repose sur deux pieds taillés en pointe de
diamant sur leurs faces. |
Le banc de noyer massif, offert à la famille
Pourtalés pour son don d'un orgue, est sans doute le
seul en son genre conservé dans le canton. Victime des
bouleversements politiques, les armes de l'ancien
seigneur de Gorgier ont été enlevées, mais
l'expression de la reconnaissance des commune et la date
du 26 juin 1831 ont été maintenues.
A l'ouest du clocher, sous l'auvent qui abrite la
porte d'entrée du temple, ont été redressées deux
pierres tombales, situées à l'origine au pied de la
chaire. La plus remarquable est celle de la femme du
pasteur François-Antoine Rognon, née Marie Ostervald,
morte en 1702.
Evénements importants
En 1345, Louis, comte et seigneur de Neuchâtel, et
Louis de Savoie, seigneur de Vaud, font procéder à la
passation d'actes importants, datés de l'église de
Saint-Aubin.
Le dimanche "devant fête de Saint-Martin d'hiver
de l'an de grâce 1398", les Bérochaux reçoivent
leurs franchises de la seigneurie de Gorgier.
En 1477, à la suite des guerres de Bourgogne, les
Bérochaux prêtent serment de fidélité à Rodolphe de
Hochberg (représenté par son lieutenant Antoine de
Colombier) qui s'était saisi des seigneuries de Gorgier
et Vaumarcus, après la mort de Jean II de Neuchâtel,
tué aux côtés de Charles le Téméraire, à la
bataille de Nancy.
Le 27 mai 1587, Claude 1er de Neuchâtel
"tenant les deux mains sur les sacrés canons
apparents et ouverts sur le grand autel, jure, entre les
mains de vénérable homme messire Jean Chevalier,
prêtre et vicaire de l'église paroissiale, d'être bon
et fidèle seigneur des preud'hommes et habitants de la
paroisse, de les maintenir, protéger et défendre, comme
un bon seigneur est obligé et doit traiter et maintenir
ses bons hommes et sujets, comme aussi leur conserver et
défendre leurs bons us et anciennes coutumes, franchises
et libertés, écrites et non écrites et de les garder
comme ils en ont usé par ci-devant." Les chefs de
familles lui jurent fidélité réciproque.
Farel, qui parcourt toutes les paroisses du comté de
Neuchâtel, vient aussi à Saint-Aubin pour y disputer de
la religion avec le curé du lieu et, disent les Annales
d'Estavayer, gagner par ses discours trompeurs les
habitants à sa nouvelle doctrine. D'autres disent pour
les libérer.
Le seigneur de Gorgier, lui, tergiverse et cherche où
est son avantage.
Le dimanche 2 novembre 1539, a lieu la prestation
réciproque de serment entre le seigneur Lancelot, fils
de Claude, et les Bérochaux. Comme la Réforme est
établie, les parties ne jurent plus "sur les
évangiles ouverts sur le grand autel". Les
contractants promettent et jurent "sur leur part de
paradis", levant la main en signe de vérité.
Moins importante pour l'histoire, mais
certainement intimidante pour le candidat, c'est au
temple qu'ont eu lieu les examens des régents de
paroisse, devant le pasteur et son suffragant, devant les
officiers civils, les anciens et les gouverneurs des
communautés de le Béroche. 
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