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BÉROCHE 1997
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Par M. Louis Nussbaum
LA BEROCHE

Approche

Le nom de la Béroche signifie la Paroisse. Il est l'aboutissement d'une évolution qui d'abord se disait Parochia, puis Perroiche. La Béroche a compris des siècles durant cinq villages: Gorgier (englobant Mollin, actuellement Chez-le-Bart), Saint-Aubin, Sauges, Fresens et Montalchez, auxquels se sont joints Vaumarcus et Vernéaz en 1813, sur décret du prince Berthier, supportant mal que sa baronnie de Vaumarcus dépende de la paroisse voisine de Concise, dans l'Etat de Vaud, pour le spirituel.

Vue du lac, la Béroche, enchâssée dans un écran de verdure boisée, apparaît telle une entité harmonieuse créée par la nature. Du rivage peuplé, le sol s'élève jusqu'à la crête dorsale des contreforts montagneux, sa partie cultivée modelée de combes et de vallons conducteurs des eaux de pluie. Le pays étale le puzzle bigarré de son vignoble et de ses champs. Les villages et les vergers, ramassés en un lieu des limites communales, guignent derrière le rideau plus ou moins épais des feuillus. La Côte est parsemée de fermes adonnées à l'élevage. Massifs et fiers, les deux châteaux des anciennes seigneuries s'accommodent de la république, l'un chargé d'histoire, l'autre rendu à la vie par son nouveau propriétaire.

Tourné vers le sud. un panorama grandiose des Alpes s'étire des cantons de la Suisse primitive, par les trois puissants sommets bernois de l'Eiger, le Mönsch et la Jungfrau, jusqu'à l'échancrure de la trouée du Rhône sur le Valais et l'Italie, aux montagnes françaises dominées pour le massif du Mont-Blanc, culminant à plus de 4000 mètres au-dessus de la mer. En profondeur, face à la ligne apaisante du lac de Neuchâtel, aux couleurs changeantes, se développent les doux vallonnements du Plateau suisse, les contreforts des Préalpes, les sommets aux neiges éternelles des Alpes construites par le lent mouvement du continent africain vers l'Europe. Une vision féérique inoubliable les jours de foehn: la dentelle alpine qui se colore de rose sous les derniers rayons du soleil couchant!

Formation

La région de la Béroche s'étend sur le flanc sud de la première chaîne du Jura neuchâtelois, dès le bord du lac jusqu'à l'échancrure du Creux du Van.

Une mer était là jadis, peu profonde. Le plissement du Jura s'est produit par contrecoup vers la fin des puissants mouvements qui créèrent les Alpes, plus au sud. Il peut paraître comme une suite de vagues parallèles, roulant du sud-ouest au nord-est. Par suite de la présence de dépôts lacustres offrant différentes forces de résistance, le plissement n'est pas harmonieux. Malgré son allure fort simple, il présente une grande richesse de formes.

Cette impérieuse poussée de terre en une lente et solide ascension jusqu'à la crête, aujourd'hui nue, présente l'aspect d'une vieille montagne délabrée, usée, ruinée par des siècles de vents, de pluies, de neiges, d'effondrements, d'où sa grandeur sévère et sa beauté attachante.

Un autre élément important a participé à la morphologie actuelle de la région. Le dernier glacier, descendu des Alpes par la vallée du Rhône pour s'étendre sur tout le Plateau suisse, a raboté les couches de calcaire de la pente sud et creusé le pied de la chaîne du lac, y déposant à sa fonte des blocs de rochers erratiques et les couches sédimentaires de sa moraine.

L'histoire en survol

Il y a fort longtemps que la région a été habitée. Des fouilles, sauvages d'abord puis mieux organisées, ont mis à jour des vestiges de l'âge de la pierre sur les rivages lacustres, des tombes renfermant des ustensiles et des ornements de la période de Hallstadt. Des vases cachés sous des blocs erratiques, dont nombre d'entre eux, protégés, parsèment encore les bois. Les champs gagnés sur la forêt en ont été régulièrement débarrassés. Des pierres dressées, ou menhirs, des pierres à cupules conservent un relent mystérieux d'activité druidique.

La Vy d'Etraz, reliant Genève et Bâle, plus proche Concise et Bevaix, a favorisé l'implantation des villages du haut: Vernéaz, Fresens, Montalchez. La découverte de monnaies, des restes de villas témoignent de la présence romaine. Puis ce fut l'arrivée des Burgondes, suivie de la main mise des Francs sur la région, au milieu du VIe siècle, époque où le christianisme s'est vraisemblablement implanté à la Béroche.

A l'origine, ce qui est devenu la seigneurie de Gorgier paraît avoir été comme un franc alleu ne dépendant de personne.

Au XIe siècle, deux puissantes familles, les Grandson et les Estavayer, possédaient les deux rives du haut lac. Leurs domaines avaient pris de l'extension. Divisées en plusieurs branches, elles prirent le nom des châteaux ou seigneuries qui leur étaient échus en partage. C'est ainsi que se formèrent les maisons de Gorgier et Vaumarcus. Toute l'histoire de la Béroche se rattache de l'origine à 1848 à ces deux seigneuries, qui devinrent vassales de la maison de Neuchâtel en 1306 et en 1433 et conservèrent une certaine autonomie jusqu'en 1848, à l'avènement de la république.

Offrons-nous une petite parenthèse à leur sujet!

De la famille des dynastes des Grandson sont sortis plusieurs évêques, vicaires, prieurs et autres notables. Othon 1er (1240-1328), compagnon de jeunesse du prince Edouard d'Angleterre, l'a accompagné en Palestine. Il a joué un rôle important en Europe, entre autres comme négociateur entre le comte de Savoie et Rodolphe de Habsbourg. Il a fondé le couvent des cordeliers à Grandson et la chartreuse de la Lance. Enterré dans la cathédrale de Lausanne, on peut y voir son tombeau et sa statue. La branche anglaise, les Grandisson, a donné plusieurs chevaliers, un évêque à Exeter, où on découvre leurs armoiries sur un vitrail de la cathédrale. Des aigles ont remplacé les coquilles Saint-Jacques!

Les Estavayer ont tiré leur nom de la ville située en face de la Béroche, sur la rive du lac de Neuchâtel, jadis appelé aussi lac d'Estavayer, en bordure du Plateau suisse. Cette famille tenait, à part d'autres biens, la seigneurie de Gorgier avec des droits sur le prieuré de Bevaix, sur Cortaillod, jusqu'à Colombier. Habitués de longue date aux us et coutumes d'Estavayer, les cinq villages de la Béroche primitive ont établi un pacte de combourgeoisie avec cette cité le 6 février 1398, renouvelé le 2 janvier 1463, puis le 5 septembre 1490, dans lesquels ils en ont été reconnus ressortissants. Fruit de l'alliance de 1398, la même année les Bérochaux ont bénéficié de franchises écrites accordées par le duc de Savoie, voulant être au clair au sujet des droits coutumiers de ses vassaux. Ancrés dans leurs habitudes, il a fallu les faire Neuchâtelois, dit un de leurs historiens. Quand les communes du canton de Neuchâtel ont dû présenter leurs armoiries, toutes celles de la Béroche y compris la Paroisse ont choisi une variante moderne des armes d'Estavayer, une rose, en souvenir des relations anciennes.

Le rôle important de l'eau

La présence de l'eau dans la région dépend de conditions particulières, souvent extrêmes, créées par le caractère carstique de son drainage. Les fournisseurs du précieux liquide ne sont pas seulement les rivières et les ruisseaux coulant à la surface, mais bien les eaux souterraines qui, dès qu'elles rencontrent une couche imperméable inclinée vers l'extérieur, donnent naissance à des sources.

Le chevelu hydrographique finit par engendrer les cours d'eau serpentant sur la marne, inlassables burins des dépôts sédimentaires, sculpteurs de ce paysage aux douces ondulations. Les trois ravins aux gorges étroites de Vaumarcus, de Saint-Aubin et de Gorgier récoltent la plupart des eaux de la Béroche.

L'eau a joué un rôle important. La proximité des rives lacustres a déjà favorisé la sédentarisation des hommes du néolithique. Le lac leur a servi de voie de communications. Puis la population s'est fixée sur les rivières pour satisfaire à ses multiples besoins, en vue aussi d'utiliser l'énergie hydraulique pour actionner les roues motrices des usines. Des villages ont surgi. Les seigneurs se sont réservés la propriété des cours d'eau afin d'en retirer des redevances.

Au pied de la montagne, sur les terrains de forêts défrichés par des particuliers, les fermes des Prises, construites sur la moraine latérale würmienne du glacier du Rhône, s'alimentent à des sources de faible débit, souvent intarissables. Déjà dotées d'électricité, ces habitations profitent d'un réseau d'eau aménagé depuis peu. L'idyllique vision champêtre de Victor Hugo évoquant "le geste auguste du semeur" est dépassé. L'agriculteur s'est modernisé. Des boeufs au joug au cheval attelé, il conduit maintenant son ou ses tracteurs. L'eau sur l'évier a transformé la vie des ménages. On se contente encore dans les lieux retirés d'un modeste confort.

Les chalets de montagne, éparpillés sur un sol calcaire, récoltent l'eau de pluie dans des citernes.

Légendes bérochales

La Béroche a ses légendes, survivances païennes, qui font frissonner ou rêver, avec leurs sorciers et sorcières aux regards troubles, leurs fées bienfaisantes et lutins malicieux, leurs fantômes insaisissables, leurs faux-monnayeurs secrets, leurs chasseurs et voleurs poursuivis dans leurs consciences. La rencontre des ensorceleurs malins et des ensorcelés plus ou moins naïfs se réalise dans des endroits bien précis: le sombre passage d'Entre-Roches, le surplomb du Creux-du-Van, les broussailles du chemin des sorcières, la vigne du diable, entre autres, de préférence la nuit.

La grotte aux fées ou cave aux filles

Parmi les excavations ouvertes dans les rochers de la plage, à Tivoli au-dessous de Sauges, la grotte aux fées est la plus intéressante. Haute de 8 à 9 pieds, profonde de 40 et large de 12, elle est connue des botanistes qui viennent - ou venaient - y chercher la jolie fougère nommée vulgairement cheveux de Vénus, capillaire - Andiantum Capillus-Veneris - plante rare dans le pays, et qui tapisse la voûte de la caverne. Le sol est couvert d'un sable fin qui semble passé au tamis. Une ouverture latérale, semblable à une fenêtre dirigée vers le large lacustre, a été fermée par l'éboulement d'un énorme quartier de rocher, à la forme d'un ours, nom que lui ont donné les gens de l'endroit.

La légende

Par un doux crépuscule d'été, une clarté jaune parcourt en dansant les vastes glaciers bleutés, les pics aigus et les forêts noires de la sauvage Helvétie. C'est Arduina, la déesse des nuits, qui visite ses domaines gris. Elle a franchi les torrents de cristal et les rivières d'argent par de fragiles passerelles d'or, mais la large étendue du lac d'Estavayer l'arrête déconcertée sur les rives. De ses rayons pâles, elle fouille les anses et les roseaux à la recherche d'un canot, quand un bruit de cascade la suspend immobile sur un roc: Là, à demi-plongée dans l'eau claire, une blonde fille de la tribu des Helvêtes s'inonde le corps de perles transparentes.

- Belle enfant!... Belle enfant!

Effrayée par l'apparition lumineuse, honteuse de sa nudité, Rose, la baigneuse, se cache d'un bond dans les buissons.

- Belle enfant, laisseras-tu une étrangère dans la peine? Fille du lac, ne saurais-tu pas te servir d'un canot?

Rose se couvre hâtivement d'une toison d'agneau blanc. Coquette elle se pare d'un lourd collier d'ambre; elle passe des bracelets de bronze à ses bras et à ses jambes brunes; elle pique des marguerites blanches dans ses cheveux humides; puis, belle comme une ondine, elle conduit l'étrangère en canot jusqu'à Estavayer, la cité lacustre.

- Mon enfant, lui dit la déesse, ta bonté mérite une récompense. Puisque tu aimes les fleurs, tiens, prends ce bouquet. La verveine, les feuilles de chêne et le gui sacré guériront ton peuple de ses maux.

Une traînée étincelante de poudre d'or dirige le retour du canot à travers le lac. Aussitôt qu'elle eut abordé sur la grève de sable fin, Rose se précipite dans sa hutte et, toute émue, raconte la merveilleuse aventure.

Dès ce jour, les malades viennent en longues files gémissantes chercher des plantes sacrées dans la pauvre hutte de la jeune fille. Les druides eux-mêmes s'inclinent devant la science miraculeuse de l'enfant chére aux dieux.

Seul un homme s'enferme dans un isolement haineux. Le chef de tribu sent son prestige lui échapper. Dans sa caverne maintenant délaissée par la foule, il maugrée:

- Je possède les bois du Devens, de Polyre et de la Perlaz, mes sujets se nourrissent de mes glands et de mes châtaignes; ils font du cidre de mes fruits sauvages; je leur abandonne les viandes saignantes de mes grandes chasses; les jeunes gens traquent l'ours à coups d'épieu dans mes forêts, et ils oublient tout cela pour les herbes sèches d'une esclave? Famille maudite, ton pouvoir n'a pas le droit de vivre à côté du mien!

Habile politique, il s'approche un jour de Rose et patelin s'inquète:

- Ma fille, avant d'être votre chef, je suis votre père dévoué, tu le sais, pour moi pas de secrets. Ou étais-tu quand tu vis l'étrangère?

Et rieuse, pleine d'innocence, l'enfant court en avant à travers les joncs et les prés.

- Tenez, là, près de ce saule blanc, je me baignais dans l'eau claire.

- Ah!... Ah! eh bien, baigne-toi pendant l'éternité, fille de malheur!

Brutalement il empoigne la jeune fille par ses longs cheveux et la noie, la face enfouie dans la fange.

* * *

Au village, la mère s'inquète. Elle cherche sa fille chez les malades, personne ne l'a vue. Affolée, elle court dans les bois que Rose aimait tant:

- Rose!... Rose!... Réponds mon enfant!

Les grands troncs sévères restent impassibles, seul l'écho moqueur répète: ... mon enfant! Enfin, près de la grève, une tache blanchit les eaux.

Ah voilà ses marguerites! Ma fille n'est pas loin.

Ce ne sont pas des fleurs qui surnagent, mais une morte, Rose.

Sur le sable doré, écrasée par la douleur, une mère se tord les mains dans une atroce prière de supplications et de malédictions.

Le ciel reste immuable.

La triste nouvelle se répand chez les hommes. Des femmes échevelées se meurtrissent les chairs de coups. Des cris, des sanglots s'élèvent de toutes les huttes.

La nature immense continue sa vie lumineuse et sereine.

Un peuple entier pleure celle qui guérit tant de malades et ne put se sauver elle-même.

Sous le soleil indifférent, les végétaux frémissent d'une surabondance de sève. Des parfums capiteux se traînent sur le sol et frôlent avec volupté les pierres chaudes et le corps de la morte.

Déjà les têtes s'inclinent plus bas devant le chef meurtrier qui a retrouvé sa puissance.

A quoi donc servent les dieux? Arduina n'es-tu qu'une froide lueur?

* * *

Les druides ont pitié. Ils rassemblent la tribu et conduisent l'enfant morte en cortège solennel au bois sacré du Devens.

Sur un chêne énorme on découvre des touffes de gui. Un prêtre vêtu de blanc monte sur l'arbre. Avec une serpe d'or il détache les baies qui tombent en pluie de perles sur une saie blanche. Puis les vates immolent un couple de taureaux pendant qu'un barde chante les vertus de la défunte:

- Réjouissez-vous, dit-il aux parents. Autrefois votre enfant courait sur les prés, elle se parait de fleurs, elle jouait avec les grandes biches fauves, elle dansait sur la mousse épaisse des sous-bois. Maintenant elle est tout cela. Son âme brille dans les rayons de soleil qui ne cesseront de luire sur vos têtes. Elle pénètre en vous par l'air que vous respirez. Elle vit dans votre chair, dans votre coeur. Son corps lui-même appartient au grand mystère des forêts, le symbole de notre divinité.

- Rose, sois la plus belle fleur du pays!

Les joues pâles du petit cadavre s'entrouvrent en pétales rouges sur la corolle d'or des cheveux. Des lèvres écartées s'exhale un parfum délicat. La taille svelte s'assouplit davantage, s'allonge en courbe harmonieuse et la tête se penche sur le lac qu'elle aimait. Rose est devenue fleur d'aubépine.

De sa grotte sur la grève, le chef a regardé la fumée du sacrifice. Les clameurs du peuple lui annoncent un miracle.

Alors, farouche, il se dresse face au ciel:

- Arduina, déesse de malheur, tu n'es qu'une illusion forgée par les prêtres. Toute ta puissance n'a pas empêché la mort de celle que tu protégeais. La vraie force est là!

Et il tend ses énormes poings crispés sur ses armes. Un ordre sec cingle l'air comme un coup de joran:

- Reste!

Le corps massif du chef se tord dans un dernier blasphème, s'alourdit, s'enfonce dans le sable. La barbe se développe prodigieusement et le recouvre d'un sombre linceul moussu. Le chef s'est métamorphosé en rocher.

- Toi, continue la déesse, puisque tu avais le coeur d'une bête, prends-en l'apparence, sois un ours de granit, et pour faire oublier ton souvenir néfaste, que ta caverne se peuple de fées bienfaisantes qui écarteront les naufrages de ces rives.

La voix céleste devient douce comme une brise d'été:

Toi, fleur de rose, parfume le pays de ta grâce et de ta vertu, crois, en signe de pardon, autour de la grotte aux fées et dans les armoiries de ton peuple, que ton symbole s'unisse à la croix pour l'emporter toujours sur la tyrannie.

Jean Gabus, La Béroche, Légendes neuchâteloises.

Le musée de la Béroche

Mijoté dans l'esprit et le coeur de personnes sensibles à leur terroir, une assemblée constitutive de la société du Musée bérochal s'est réunie, à l'Hôtel Pattus le lundi 28 novembre 1960.

Dès lors commence la récolte d'objets de toutes sortes. Même le chiffonnier de Saint-Aubin, qui peut se trouver en présence de pièces intéressantes, est mobilisé.

Après un temps d'oubli, au bénéfice d'un modeste fond ancien, le musée reprend vie sous l'égide de la Société de développement de Saint-Aubin-Sauges, Vaumarcus-Vernéaz. Puis il vole de ses propres ailes. Constituée le mercredi 27 novembre 1985, la nouvelle association, sous l'appellation Les Amis du Musée de la Béroche et environs, dépasse les fiefs des sociétés de développement pour englober des villages vaudois et neuchâtelois, au tissu historique souvent commun.

Ecoutons-les!

Le mot musée, pour l'instant, n'est pas tout à fait adéquat. Dès que des locaux seront mis à notre disposition, nous verrons à les agencer. Sans attendre, nous avons opté pour un musée vivant, dont le but principal est de sensibiliser la population, les jeunes en particulier, à la richesse de son patrimoine passé et actuel, au moyen d'expositions temporaires et de prêts. Nous essayons de montrer le geste de l'homme, de présenter le cheminement de la fabrication de l'objet et son usage. Nous cherchons à animer ces expositions, à les agrémenter d'exposés et d'entretiens de valeur. Grâce aux locaux mis à disposition par le nouveau propriétaire du château de Vaumarcus, nous avons pu présenter la pêche lacustre, la forêt et les métiers du bois, la cuisine régionale dans le temps, les métiers de la pierre et dernièrement les hobbies et collections, en 1996, à laquelle ont participé les habitants. Des hommes de métiers se joignent aux amis du musée pour donner consistance et sérieux aux thèmes choisis. Des expositions plus réduites sont montées dans la région.

Les objets et documents récoltés sont identifiée, restaurés et traités pour les conserver. Tous ces dons constituent déjà un vaste éventail des métiers. Nous sommes à la recherche de locaux sains et accessibles comme dépôts, suite à la vente décidée d'un immeuble communal par les autorités politiques législatives de Saint-Aubin-Sauges.

Les ressources financières proviennent des réponses favorables à l'envoi d'un "tous ménages", distribué chaque année pour annoncer l'assemblée générale, de dons et legs, de subventions, du bénéfice des activités.

La bonne marche de l'association est assumée par des bénévoles.

Ne jetez pas vos objets et documents, faites-les valoir. Pensez au musée. Le musée est la mémoire de l'homme!

Les Amis du Musée de la Béroche et environs

2024 Saint-Aubin (NE), Suisse, case postale 125, CCP 20-8147-6.

Président: André Greber, Rafour 23, 2024 Saint-Aubin, tél. 835 29 37.

Petite bibliographie sur la Béroche

Jean Couvoisier, Les monuments d'art et d'histoire du canton de Neuchâtel, tome II. Edit. Birkhäuser, Bâle 1963.

Ed. Quartier-la-Tente, Le canton de Neuchâtel, district de Boudry. Edit. Attinger frères, Neuchâtel 1912.

Fritz Chabloz, La Béroche. Edit. Samuel Delachaux, Neuchâtel 1867.

D. Jac. Philippe Grangier, Annales d'Estavayer, rédigées et annotées par l'abbé F. Brülhart. Edit. Ernest Grangier. Imprimerie H. Butty & Cie, Estavayer-le-lac 1905.

Jules Jeanjaquet, Traités d'Alliance et de Combourgeoisie de Neuchâtel avec les Villes et Cantons suisses 1290-1815. Publications de la Société d'histoire et d'archéologie du Canton de Neuchâtel. Edit. Imprimerie Paul Attinger, Neuchâtel 1823.

Daniel Vouga, Préhistoire du Pays de Neuchâtel des origines aux Francs. Edit. Société neuchâteloise des sciences naturelles, Université, Neuchâtel (Suisse).

Jean Courvoisier, Eglises et châteaux neuchâtelois, Edit. Centre d'art graphique, Neuchâtel 1978.

E. Vaucher, Le temple de Saint-Aubin.

Paul Grandjean, La paroisse temporelle de Saint-Aubin.

Louis Nussbaum, Le Devens, aperçu historique, Edit. Armée du Salut, Saint-Aubin 1981.

Jean Gabus, La Béroche, Collection des Légendes neuchâteloises. Edit. de la Baconnière, Neuchâtel 1935.

Antoinette Steudler, La Béroche d'Isabelle, Edit. La Carrée burgonde, Saint-Aubin 1976.

Paul Martin, Si la Béroche nous était contée, Edit. Paul Martin, Lausanne 1980.

Bernard Vauthier, Terre entre lac et jura, la Béroche. Edit. de la Béroche, Saint-Aubin 1985.

Louis Nussbaum, Le moulin de la Foule. Edit. Gilles Attinger, Hauterive 1995.

Le temple

A notre connaissance, la première mention écrite de l'église de Saint-Aubin-le-lac date de 1176.

Boyve, dans ses Annales, remonte à 1083, date à laquelle l'évêque de Bâle, Burckard de Neuchâtel, frère du comte Rodolphe de Fenis, fonde "l'abbaye de Saint-Aubin, comme aussi le couvent de Sainte-Marie-Madeleine, qui eut des filles pénitentes". Il y a là vraisemblablement une erreur de lieu. Il s'agirait de Saint-Alban aux portes de Bâle. Boyve n'indique pas ses sources.

Une copie du document de 1176 se trouve aux archives de la paroisse. Comme ses prédécesseurs, Landric, évêque de Lausanne, a fait quelques donations en faveur de fondations religieuses. Parmi ces donations, l'église de Saint-Aubin, et les biens qui en dépendent, cédée à l'abbaye de Saint-Maurice en Valais.

Cela laisse entendre que l'église de Saint-Aubin existait avant 1176, peut-être avant l'an mille. Pour mémoire, le prieuré de Bevaix fut fondé en 988 par un Rodolphe qui devait être apparenté à la famille des rois de Bourgogne. L'acte mentionne l'église de Bevaix.

En possession de ces biens, Guillaume, l'abbé de Saint-Maurice fait construire une église à Saint-Aubin et une chapelle à Provence, dédiée à saint Georges. Des travaux de restauration ont dégagé des traces d'un ancien toit qui s'appuyait au clocher, plus bas de quatre à cinq mètres du temple actuel. La tour existait, par contre, pas trace de crypte, ni sous le choeur ni sous la nef, pas de nefs latérales ou collatérales non plus. Apparemment, il ne reste rien de l'église citée dans l'acte de donation de 1176, confirmée en 1180. La vigne aux prêtres témoigne de l'établissement des religieux suivant l'ordre en vigueur à Saint-Maurice. Les bénédictins de l'abbaye de Bevaix étaient des moines, relevons le lieu dit le Crêt-aux-moines. Les textes sont chiches de renseignements concernant l'église elle-même. On y découvre deux visites épiscopales, l'une en novembre 1416, l'autre en 1453. Les premiers inspecteurs constatent l'absence d'une effigie de saint Aubin et d'un crucifix. Ils ordonnent de refaire le choeur à neuf et de bien le séparer du nouveau clocher qui vient d'être construit. Les révérends pères François de Fuste, évêque de Grenade, vice-gérant ès choses spirituelles de l'évêché de Lausanne, et Henri de Albertis, abbé du monastère de Filiac au diocèse de Genève, "partis de Lausanne le 26 mai 1453 après dîner, s'étaient mis en route sous la conduite de l'ange Tobie". Ils notent que Jehan Brayer, prêtre d'Yverdon, est le curé de Saint-Aubin, qu'il n'y réside pas mais qu'il est remplacé. Ils prescrivent que l'autel paroissial sera consacré, on fera une image du Père, des candélabres qui seront peints et ferrés, le choeur sera dallé et sa voûte restaurée, du verre sera remis aux fenêtres.

Après la Réforme, de nombreuses difficultés surgissent jusqu'au moment où les biens ecclésiastiques passent à la paroisse en 1566. Le temple étant devenu trop petit, les paroissiens achètent une maison à son orient.

Pour ne pas prolonger l'énumération des transformations, relevons le contenu d'un tableau récapitulatif des dates marquantes, placé à l'intérieur de l'édifice, au sud de l'entrée:

1176 L'EVEQUE DE LAUSANNE DONNE L'EGLISE DE

SAINT-AUBIN A L'ABBAYE DE SAINT-MAURICE.

1180 CETTE DONATION EST CONFIRMEE A L'ABBE

GUILLAUME QUI RECONSTRUIT L'EGLISE.

1531 LE "PLUS" DES PAROISSIENS SE PRONONCE

POUR LA REFORME.

1566 LES CINQ COMMUNAUTES RACHETENT L'EGLISE

ET LA CURE A L'ABBAYE DE SAINT-MAURICE.

1604 - 1745 REFONTE DE CLOCHES.

1637 LA NEF ET LE CHOEUR SONT RECONSTRUITS.

1811 LA FACADE SUD EST REBATIE.

1821 POSE DES PREMIERES ORGUES.

1903 L'EGLISE EST RESTAUREE, DE NOUVELLES ORGUES

SONT INSTALLEES.

1941 NOUVELLE RESTAURATION INTERIEURE.

1951 REFECTION INTERIEURE DU CLOCHER,

POSE DE DEUX NOUVELLES CLOCHES.

1976 RENOVATION GENERALE EXTERIEURE

NOUVELLE CHARPENTE DU CLOCHER.

1982 RENOVATION GENERALE INTERIEURE

BOISAGE DU PLAFOND DE LA NEF.

En 1903, les fenêtres de l'abside et celle ouverte à nouveau dans le mur oriental de la nef ont été garnies de réseaux de pierre et de verres décoratifs. Trois vitraux de Clement Heaton en style 1900, à la gloire du Créateur, représentant les saisons, occupent les fenêtres de la nef.

Une exposition sur Clement Heyton, au Musée d'art et d'histoire à Neuchâtel, est ouverte du 13 octobre 1996 au 9 février 1997. Un livre est sorti aux Editions Gilles Attinger, case postale 104, 2068 Hauterive.

La table de communion, datée de 1641, repose sur deux pieds taillés en pointe de diamant sur leurs faces.

Le banc de noyer massif, offert à la famille Pourtalés pour son don d'un orgue, est sans doute le seul en son genre conservé dans le canton. Victime des bouleversements politiques, les armes de l'ancien seigneur de Gorgier ont été enlevées, mais l'expression de la reconnaissance des commune et la date du 26 juin 1831 ont été maintenues.

A l'ouest du clocher, sous l'auvent qui abrite la porte d'entrée du temple, ont été redressées deux pierres tombales, situées à l'origine au pied de la chaire. La plus remarquable est celle de la femme du pasteur François-Antoine Rognon, née Marie Ostervald, morte en 1702.

Evénements importants

En 1345, Louis, comte et seigneur de Neuchâtel, et Louis de Savoie, seigneur de Vaud, font procéder à la passation d'actes importants, datés de l'église de Saint-Aubin.

Le dimanche "devant fête de Saint-Martin d'hiver de l'an de grâce 1398", les Bérochaux reçoivent leurs franchises de la seigneurie de Gorgier.

En 1477, à la suite des guerres de Bourgogne, les Bérochaux prêtent serment de fidélité à Rodolphe de Hochberg (représenté par son lieutenant Antoine de Colombier) qui s'était saisi des seigneuries de Gorgier et Vaumarcus, après la mort de Jean II de Neuchâtel, tué aux côtés de Charles le Téméraire, à la bataille de Nancy.

Le 27 mai 1587, Claude 1er de Neuchâtel "tenant les deux mains sur les sacrés canons apparents et ouverts sur le grand autel, jure, entre les mains de vénérable homme messire Jean Chevalier, prêtre et vicaire de l'église paroissiale, d'être bon et fidèle seigneur des preud'hommes et habitants de la paroisse, de les maintenir, protéger et défendre, comme un bon seigneur est obligé et doit traiter et maintenir ses bons hommes et sujets, comme aussi leur conserver et défendre leurs bons us et anciennes coutumes, franchises et libertés, écrites et non écrites et de les garder comme ils en ont usé par ci-devant." Les chefs de familles lui jurent fidélité réciproque.

Farel, qui parcourt toutes les paroisses du comté de Neuchâtel, vient aussi à Saint-Aubin pour y disputer de la religion avec le curé du lieu et, disent les Annales d'Estavayer, gagner par ses discours trompeurs les habitants à sa nouvelle doctrine. D'autres disent pour les libérer.

Le seigneur de Gorgier, lui, tergiverse et cherche où est son avantage.

Le dimanche 2 novembre 1539, a lieu la prestation réciproque de serment entre le seigneur Lancelot, fils de Claude, et les Bérochaux. Comme la Réforme est établie, les parties ne jurent plus "sur les évangiles ouverts sur le grand autel". Les contractants promettent et jurent "sur leur part de paradis", levant la main en signe de vérité.

Moins importante pour l'histoire, mais certainement intimidante pour le candidat, c'est au temple qu'ont eu lieu les examens des régents de paroisse, devant le pasteur et son suffragant, devant les officiers civils, les anciens et les gouverneurs des communautés de le Béroche.

 

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